Développement « trop lent » de la Ğ1

transition

#1

L’une des interrogations de plus en plus fréquentes sur la Ğ1 et la monnaie libre en général est sur la lenteur de son développement actuel. Certains voudraient que la transition sociale vers la monnaie libre soit rapide, et peuvent même juger qu’une transition lente ne correspond pas aux changements rapides de société qu’ils semblent observer pendant ces dernières décennies.

Contrairement à ce que je peux entendre autour de moi et ce que j’ai pu lire sur ce forum, des exemples de transition très lente passant par l’acceptation progressive de l’ensemble de la société sont légion dans l’histoire de l’humanité. J’irais même jusqu’à prétendre qu’il n’y a jamais eu de changement de société majeur planétaire et rapide à l’échelle d’une génération dans l’histoire de l’humanité. Nous sommes aujourd’hui tellement plongés dans un environnement où tout doit aller vite qu’il me paraît important de rappeler ce fait simple.

Pour ne citer que quelques exemples :

  • condamnation morale de l’esclavage humain, qui a commencé il y a quelques siècles et a encore du chemin à faire aujourd’hui,
  • dans le même registre, le rejet même de la colonisation par les populations des pays colonisateurs s’est faite progressivement au cours du XXème siècle et n’est pas encore complet,
  • le droit de vote des femmes ne s’est pas fait d’un coup, mais a été progressif un peu partout sur le globe,
  • la diffusion des principales religions a toujours pris des siècles, s’appuyant toujours sur des cultes plus anciens et déjà acceptés pour faire adhérer plus facilement la population à un nouveau dogme,
  • les premières traces du modèle héliocentrique remontent à plus de 3000 ans en Inde, la communauté scientifique occidentale a commencé à l’accepter il y a plusieurs siècles, mais encore aujourd’hui seulement 66% des Européens pensent que c’est la Terre qui tourne autour du Soleil (p.23),
  • on pourrait parler également de la maltraitance animale qui depuis quelques décennies gagne du terrain dans les consciences occidentales de façon très progressive…

Si la communication connaît une explosion certaine dans les dernières décennies, l’acceptation d’une idée par une personne ne tient pas seulement au fait qu’elle en ait eu connaissance. En fait, c’est même parfois totalement l’inverse ! Allez parler de monnaie libre à un banquier central ou un économiste, vous verrez s’il accepte facilement l’idée juste parce qu’il en a eu connaissance. Au contraire, le contact avec ces idées nouvelles va renforcer ses convictions précédentes, il va trouver mille arguments pour trouver le concept même de monnaie libre totalement absurde voire dangereux.

Alors, pour soutenir l’idée qu’un changement rapide est possible, j’entends irrémédiablement invoquer les révolutions. Mais ce sont de parfaits exemples pour montrer que ledit changement a été très lent, pas du tout rapide. Prenons la Révolution Française, par exemple. Il ne faut pas croire que, par un bel après-midi, l’ensemble des Français est passé de Monarchiste Religieux à Républicain Athée. La transition a commencé à germer dans les esprits des « Lumières » pendant tout le XVIIIème siècle dans la lignée des philosophes de la Renaissance, et continue encore aujourd’hui. Pensez donc ! On est même passés plusieurs fois par la case Monarchie/Empire au cours du XIXème siècle ! Une révolution n’est possible que lorsqu’elle a le soutien d’une large majorité, sinon c’est la guerre civile et l’instabilité. Et cette large majorité ne s’acquiert qu’avec le temps. Sur le même thème, la déconstruction du mot « démocratie » pour le lier aux élections « au suffrage universel » ne s’est pas faite en un jour, inutile d’espérer pouvoir reconstruire ce mot en quelques mois dans l’inconscient collectif. Dans tous les cas, et même lorsque c’est imposé par une autorité, une idée est toujours confrontée à des résistances.

La diffusion d’idées dans la société est un processus complexe, mêlant les transmissions de pair à pair, mais aussi la diffusion par des « autorités » centrales (que ce soit en cravate ou en blouse blanche).

J’offre dans mon roman « Le Président Providentiel » un exemple de transition qui pourrait être rapide, en passant toutefois par une étape intermédiaire où la monnaie n’est pas vraiment une monnaie libre, bien qu’elle en ait certaines caractéristiques, le temps que la population se familiarise un peu à marche forcée avec ce nouveau concept. La société rejette en bloc tout changement soudain qui ne correspond pas à ses attentes.

Mais revenons à la diffusion des idées. Lorsqu’un message est transféré d’une bouche à une oreille, il est toujours déformé, interprété. L’image présente dans le cerveau 1 crée un reflet dans le cerveau 2 qui est potentiellement très différent de l’image d’origine, tout dépend de la forme du miroir ! C’est une métaphore à garder en tête lorsqu’on présente une nouvelle idée à quelqu’un d’autre. Comment cette idée va-t-elle s’imprimer dans son cerveau, réfléchie par les miroirs déformants de ses convictions présentes ? À ce sujet, un ami à qui je présentais la monnaie libre récemment m’a finalement rétorqué : « C’est très beau tout ça, tu me présentes tous les avantages de la monnaie libre, mais quels en sont les inconvénients ? » Je lui ai rappelé qu’un concept, quel qu’il soit, a des caractéristiques absolues qui ne sont ni des avantages ni des inconvénients. Ce n’est que le jugement de valeur de chaque individu qui rend telle caractéristique « bonne » et telle autre « mauvaise ». La même caractéristique peut être excellente pour un individu et totalement exécrable pour un autre. Qu’est-ce qui fait la différence dans le jugement ? La caractéristique peut être mal comprise. Elle peut faire appel à un imaginaire, un inconscient collectif très négatif sans réel fondement. Elle peut être attachée à une notion positive par ailleurs, sans que ce lien ne soit réellement prouvé. Par déductions erronées, telle caractéristique peut en appeler une autre et fausser le jugement. L’éventail des possibles est très large. Dans le cas de cet ami, il se trouve que ses valeurs étaient assez alignées avec les caractéristiques de la monnaie libre que je lui présentais, ce qui lui faisait dire que je ne lui présentais que les avantages.

De manière générale sur la monnaie libre, les idées et concepts sont tellement novateurs - je les qualifie de « révolutionnaires » dans mon livre sur la monnaie - qu’il y a de très fortes chances pour qu’ils ne soient pas compris, associés à tort à d’autres concepts, mal expliqués, déformés, comme toujours. Ensuite, dans l’imaginaire de chaque cerveau, ces concepts sont jugés, analysés, acceptés ou rejetés. L’expérience de la Ğ1 permet donc de voir à quel point un certain ensemble de la population est prêt à comprendre et accepter la monnaie libre, à son rythme. Pour cela, il est nécessaire de s’assurer que la diffusion de l’essence même de la monnaie libre se fait correctement afin qu’elle soit déformée le moins possible dans l’imaginaire collectif, sinon elle sera totalement incomprise. On pourrait en arriver à accepter une monnaie qualifiée de libre qui n’en serait pas une, ou bien avoir une large partie de la population qui rejette la monnaie libre pour de mauvaises raisons parce que ses concepts ont été mal expliqués ou mal diffusés.

Prenons quelques caractéristiques de la monnaie libre. La croissance exponentielle de la masse monétaire peut être source d’énormément de rejet. Expliquer les impacts de ce phénomène lorsqu’il est produit par un Dividende Universel est long et fastidieux surtout que la plupart des gens ont des idées préconçues très tenaces sur l’économie sans rien n’y comprendre par ailleurs. Par exemple, l’inflation, souvent associée à tort au gonflement d’une masse monétaire, est un terme diabolique dans l’inconscient collectif, il est associé émotionnellement à la pauvreté et aux guerres. Dans un autre domaine, les personnes attachées à l’écologie et à la « décroissance » peuvent aussi lier à tort cette croissance de la masse monétaire à la croissance économique. D’autres rejettent absolument une monnaie qui n’est pas selon eux une « réserve de valeur » sur le long terme et cette croissance de la masse monétaire est donc un sérieux handicap de leur point de vue. Autre caractéristique : l’appropriation individuelle de la création monétaire signifie obligatoirement appropriation de la sécurité. Autant pour certains c’est un rêve de liberté, autant pour d’autres c’est un cauchemar, ils préfèrent déléguer tout cela à d’autres. On pourrait continuer la liste pendant des heures.

Ainsi, ce n’est qu’en diffusant petit-à-petit les différentes caractéristiques de la monnaie libre dans les cerveaux que le concept prend forme dans la société, est bien compris et accepté ou rejeté en toute connaissance de cause. Sur un sujet aussi complexe et tabou que la monnaie, le changement ne peut être que très lent ! À moins bien sûr de vouloir jouer avec le feu et faire accepter massivement une monnaie dite libre sur une incompréhension ou un raccourci marketing. Avec le risque du retour de bâton le jour où les gens s’apercevront qu’ils ont été trompés. Et ce jour-là arrive tôt ou tard.

J’espère par ce message apporter un peu d’eau au moulin de ceux qui cherchent des arguments lorsqu’on leur dit que « ça ne va pas assez vite ». Je suis preneur de vos retours sur le sujet.


#2

Un cycliste qui va trop lentement se casse la gueule et un funambule trop rapide aussi


#3

Tirer sur la plante ne la fait pas pousser plus vite, et plus souvent on l’arrache.


#4

Tant va la cruche à l’eau sans casser d’oeufs. Qui vole un oeuf, fera une petite omelette.

/troll


#5

D’habitude je lis sans trop répondre, mais là je me sens un peu obligé (déformation professionnelle ?) de faire mon petit commentaire…

Pour commencer, je comprends TOTALEMENT l’envie que ça aille plus vite. Pour la bonne et simple raison que je suis dans le même cas. Pour autant, avoir envie que le changement et tout ce qu’il implique arrivent rapidement ne veut pas forcément dire que cette rapidité serait au service de ce même changement et de ce qu’il implique. Je ne suis pas en train de dire que c’est mieux que ça aille lentement, je dis simplement que l’on n’en sait rien ! Par contre ce que l’on sait, c’est que ça avance, et que ça avance avec la vitesse constatée aujourd’hui. Personnellement, je m’en satisfaits.

Et ensuite, j’aimerai participer en apportant moi aussi un petit truc pour montrer la lenteur de changements au sein de l’esprit humain, qui sont pourtant des évidences… Et plutôt qu’une métaphore (dont je suis pourtant très friand), voici un exemple très pratico-pratique : L’Homme est un animal. Allez dans la rue demander aux passants ce qu’ils en pensent, vous serez surpris des réponses. Et pourtant, c’est tellement une évidence. Mais non, le temps que les gens tiltent… C’est long !


#6

Et pourtant c’est très rapide !

Utiliser la june ou gagner des junes, il suffit de se créer une adresse, et de proposer un service ou des produits.

Participer à la création monétaire est un plus, et une responsabilité qui demande un certaine compréhension du systeme. Mais au aucun cas une obligation. :slight_smile:

Combien de personne utilise l’euro sans savoir comment il est créé ?


#7

Encore faut il des acheteurs qui ont des junes. Si il n’y a personne on fait comment. La june n’a aucune valeur.

Je ne sais pas ce qui est plus lent. La certification ou l’usage de la june. Je pencherais pour la deuxième option.


#8

Il manque plus de vendeurs que d’acheteurs.


#9

Bravo à @denislaplume pour sa…plume.:pen:

J’aimerais moi aussi que ça avance plus vite mais en même temps les grandes idées ont besoin de temps pour grandir dans l’esprit humain.

Un exemple me vient d’ailleurs à l’esprit quand je lis @Darunya : pourquoi écrire " l’Homme" ( qui entend le H majuscule à l’oral ? ) au lieu des " êtres humains". Certes, nous avons été élevé.e.s dans l’idée que ce mot désigne aussi bien l’homme qu’un être humain et beaucoup pensent que ce n’est pas important de changer ce mot… pas sûr quand on sait que dès le début les femmes ont été exclues des droits fondateurs de la révolution française. Le droit de vote n’en est qu’un exemple, mais il y a aussi le droit de disposer de son corps, de son travail, de son argent, etc. La première “Déclaration universelle des droits de l’Homme” a été faite dans ce sens. C’est pourquoi je fais partie des personnes qui réclament que le nom soit changé en “Déclaration universelle des droits humains”.


a scindé ce sujet #10

5 messages ont été scindés en un nouveautopic: Dire “être humain” au lieu de “Homme”


#11

Ben disons qu’il existe une monnaie qui marche bien qui s’appelle l’euro, donc le besoin de la June n’est pas un nécésité, c’est porté par un idéal.

Du coup effectivement, la june a une valeur moindre face à l’euro, de dire qu’elle n’a pas de valeur me semble exagéré. Je suis pret à t’acheter des Junes avec des euros pour ma part, si ça t’interesse on s’entend sur les modalité par MP. Et de fait tu comprends qu’elle a une valeur. :wink:

Aïe ça pique ! :face_with_head_bandage:


#12

Je rajouterais que, à la lumière des études réalisees sur le sommeil ces dernières décennies que tout nouveau concept, tout nouveau lien dans le cerveau nécessite une bonne nuit de sommeil afin d’en “voir” les implications, et donc notamment sa compatibilité avec notre propre système de valeurs individuel.

Fatalement, la compréhension et l’adoption se font nécessairement à l’échelle de 24h à minima.

C’est déjà une possible fréquence fondamentale dont on peut tenir compte pour mesurer la propagation d’une idée au sein d’une société humaine.

Le livre en question : Pourquoi nous dormons de Mattiew Walker. Bientôt à vendre en G1, d’ailleurs :slight_smile:


#13

Oui ça m’intéresse juste par curiosité. J’ai une fortune de 48. Quelqu’un m’a donné 50 et moi j’ai fait deux dons de 1ĝ1

Combien tu serais prêt à mettre pour 1ĝ1? ou 1DU


#14

Par MP (Message Privé) ^^

Je te contacte du coup.