Bonjour à toustes,
je souhaite apporter un peu d’eau à notre moulin, comme l’a souligné hugo, le nombre de membre stagne. Je suis d’accord avec le constat de @RomainKornig que les producteurs ne trouvent pas assez de services sur leur marché local, tel que je l’ai expliqué sur ce fil (« rien ne vaut une bonne confiture »).
Utiliser le DU pour subsister ou consommer seulement, revient à concentrer le pouvoir d’achat chez les producteurs. Ne trouvant d’offre satisfaisante, au bout de quelques mois, les quelques producteurs s’essoufflent et se demandent « à quoi bon? ». Et plutôt que de risquer de devenir impopulaires en augmentant leur prix, ils arrêtent tout simplement de produire, et viennent au marché uniquement pour dépenser et subsister eux aussi… C’est typiquement le cas d’une de nos productrice, qui n’apporte plus rien une fois sur deux. Et samedi dernier, quand une autre juniste l’a interpellée en lui demandant :« pourquoi n’est tu pas certifiée », elle a exactement répondu : « A quoi bon ?!! »
L’essoufflement des producteurs est aussi le principal facteur d’effondrement des sel et même de certaines monnaies locales. Idem, la certification pour la certification pose elle aussi problème, car « à quoi bon faire monter des chiffres sur un compte ? ». Au delà de la belle idée philosophique, passée la découverte, lorsque les gens se rendent compte que « ça ne sert à rien », ils ne ré-adhèrent pas ! Il n’y a même pas besoin de leur refuser, ils ont oublié leur compte, ne s’en servent plus ne s’y connectent plus, et dés la demande annuelle de renouvellement d’adhésion à la charte, leur production de DU est suspendue. (j’ai aussi plusieurs cas).
Sur notre marché mensuel, qui fonctionne depuis maintenant presque 2 ans, j’observe un ralentissement de l’activité depuis le printemps, au début je l’ai attribuée à d’autres évènements organisés en parallèles, aux vacances d’été, puis aujourd’hui, la météo… Pourtant, nous fournissons un hangar, les tables, une cuisine et un bar, on organise des concerts, des ateliers… Mais au bout d’un moment, on se demande si les gens viennent pour la June, d’ailleurs, je pense aujourd’hui que la moitié des échanges se font en points JEU…
Depuis le début, nous incitons fortement les participants à apporter des produits de consommation courante, quitte à froisser ceux qui viennent « dépenser », frustrer ceux qui « n’apportent rien ». La co-création monétaire est une idée géniale, mais on constate qu’elle se heurte à la mise en pratique et peut-être à la concurrence avec la monnaie dette. Quand on entend qu’il suffit d’apporter 200€ de victuaille pour obtenir 12000Ğ1, la théorie de la non-conversion en prend un coup… et ça fait réfléchir. Mais en même temps, ma productrice lassée a bien du y laisser plus de 200€ juste en bocaux pour ne plus savoir quoi faire de ses 7000Ğ1… C’est que nos prix ne sont pas encore très élevés par chez nous…
Nous ne focalisons pas du tout sur les certifications, nous n’en parlons même quasiment pas. Par exemple, nous avons un autre producteur qui vient tout juste d’être certifié, en 5 minute sur le marché, car de fait, tout le monde est dispo tout le temps ou quasiment. Aussi, je rajoute volontiers une condition personnelle qui est d’avoir participé à 3 marchés libre avant que je ne certifie quelqu’un.
Malgré toutes nos incitations, nous constatons que nos producteurs s’essoufflent… Pourtant je suis d’accord avec les autres intervenants de ce fil, il ne me semble pas juste ni utile de poser une condition supplémentaire à la certification. Mais le constat est là.
La tendance en attendant meilleures idées serait-elle à :
- l’utilisation de la toile de confiance comme preuve d’humanité plus que comme moyen de co-création monétaire ? Comme le propose @qoop dans sa proposition d’hébergement coopératif
- la co-création de crypto-actifs Ğ1 comme support d’éducation populaire sur la monnaie
- l’attractivité des marchés libres comme lieu de rencontres, de convivialité et accessoirement d’échange en dehors de la monnaie dette ?
Ici, en centre Bretagne, est né de ces deux années d’expérimentation une nouvelle initiative, une association sur l’autonomie alimentaire, intitulée « Graines d’utopies ». Nous avons rassemblé près de 70 personnes ce dimanche dernier pour la présentation + théâtre sur la SSA, contre 25 la veille pour le marché libre, dans les même conditions météo (avec certes, des moyens de communication bien différents).
Donc même si le nombre de membre stagne en ce moment, cela ne veut pas dire que le projet n’est pas porteur et créateur de richesse ! Au contraire, le marché libre pourrait-être un facteur d’émancipation et d’autonomie collective en faisant réfléchir les individus sur l’origine des inégalités dans notre système capitaliste, et c’est peut-être déjà pas mal ?