Architecte libre dans un système économique libre ?


#1

À la rencontre « monnaie libre » d’hier soir à Rennes, @cgeek m’a posé un problème sur lequel je cogite depuis quelques semaines. Question : serais-je prête à accepter un paiement en Ğ1 pour des services d’architecte ? La réponse est évidente : oui bien sûr ! Mais l’autre question qui me tarabuste c’est comment ? Pas tellement celle de comment compter mes honoraires, car je peux tout aussi bien proposer, comme pour mes confitures un prix libre et ainsi je renvoie au demandeur sa question. Solution facile ! Mieux, ce prix libre peut être évalué après le service rendu : a posteriori plutôt qu’a priori, de façon à mieux évaluer l’énergie dépensée. Parce que finalement il s’agit d’énergie comme j’y viendrai plus loin.

Ce qui m’interpelle avant tout c’est comment profiter de l’innovation de rupture qu’est la monnaie libre selon le TRM de @galuel pour œuvrer autrement. Déjà, vous remarquerez au passage que je n’utilise pas/plus le terme « travail ». Pour moi, toute activité ne devrait s’exercer que dans la joie, le bonheur d’œuvrer pour les autres en se faisant plaisir. Avec et malgré le nom synonyme de boulot que j’emprunte à mon époux Jérôme, je tente d’œuvrer toujours dans l’enthousiasme. D’autre part la turbine tourne, se révolutionne donc en permanence !

En France, l’architecture est une profession réglementée, ce qui limite grandement notre champ d’action. Est-ce que dans une économie libre, je suis libre d’œuvrer à ma guise ? Certes non ! Notre système économique libre, ouvert avec Ğ1 est encore inclus dans un espace physique dominé par les lois du système économique monopolistique dominant, par l’intermédiaire des états. Faisons court : pour porter le titre d’architecte, je suis donc soumise à la tutelle de [au racket] de l’Ordre des Architectes et pour exercer mon métier, je dois souscrire une assurance professionnelle, les deux n’acceptant que la monnaie dette du système dominant. Il me reste la possibilité, dans une économie libre, de rester en-deça des limites fixées par l’Ordre des Architectes, soit : concevoir des projets ne dépassant pas les 150 m² de plancher et conseiller, apprendre, transmettre.

L’atelier Architecture verte est une raison d’être plus qu’une agence d’architecture, dont il n’a pas le statut. J’exerce en libérale depuis 1983, avec une coupure de sept ans pour m’occuper de nos enfants. Jérôme exerce en libéral depuis 2013, après avoir exercé en salarié dans de grosses agences et comme expert en bâtiment auprès d’assurances. Pour ma part, j’envisage d’évoluer peut-être vers une scoop et j’ai commencé à partager certaines parties de mission avec un jeune architecte.

Maintenant, j’imagine mon rôle dans le nouveau système économique libre en cohérence avec ce qu’il me semble porter : il fissure le monopole et introduit dans la faille, à la manière d’une mauvaise herbe, les idées de liberté, d’égalité (d’équité plutôt ?) et de fraternité à la Richard Stallmann. S’opposant de fait au système létal de la monnaie dette, il nous permet de projeter la résilience. Ce qui est par ailleurs totalement illusoire dans le système dominant qui pousse l’humanité à saper toujours plus la planète sur laquelle elle vit.

Après 34 ans de conception bioclimatique et d’éco-construction, il me semble nécessaire d’imaginer à présent l’architecture de la résilience en climat bouleversé. Cela demande non seulement de revoir et de mettre à jour nos connaissances mais également nos pratiques. Concernant les connaissances, un premier document libre est en cours de rédaction. Pour la pratique, je m’oriente aujourd’hui vers un mix de notre pratique traditionnelle avec le design en permaculture. Testé une première fois pour un projet de maison individuelle, je propose de continuer sur cette voie tout en cherchant d’autres améliorations. Cela se traduit par une concertation sous la forme d’un ou de plusieurs ateliers de conception avec les usagers de l’espace bâti, et non plus sous la forme d’une recherche personnelle d’artiste devant sa table à dess[e]in après la prise de notes du programme et du budget. Même si par la suite l’essentiel des missions d’architecte reste inchangé, le début de la recherche en plus forte concertation avec l’usager apporte une meilleure adaptation.

Au plaisir d’oeuvrer ensemble ! (j’ai posté une annonce dans gchange)